Le groupe Liebherr finalise à Colmar la construction d'une  nouvelle usine d'engins miniers..

Le groupe Liebherr finalise à Colmar la construction d'une nouvelle usine d'engins miniers.. Crédits photo : AFP

L'industrie nationale a de nombreux atouts à jouer, alors que la distance peut effacer les gains d'une délocalisation.

La crise contribue à faire évoluer les mentalités. Les entreprises se livrent à des analyses plus fines avant de réaliser un investissement et, éventuellement, de délocaliser ou relocaliser. «Certains industriels partis de France découvrent avec l'expérience les coûts cachés de la délocalisation», analyse Michel Ghetti, président du cabinet de conseil FIE.

Frais de transport, difficultés à gérer une activité à distance, coût de «non-qualité», transferts de technologie, retards, perte de savoir-faire, frais de déplacement des acheteurs viennent atténuer, voire complètement effacer, les gains liés à la délocalisation.

Didier Bouvet, directeur pays francophones de Bucci Industrie, raille «les acheteurs qui prônent les délocalisations, voyagent en première et dorment dans des trois-étoiles en Chine ». Des coûts induits qui, selon lui, ne sont pas assez pris en compte par les grandes entreprises. «Une délocalisation génère en moyenne 20% d'économies. Les coûts cachés effacent 12 points et le solde est souvent compensable par l'amélioration des processus de production», ajoute Michel Ghetti.

Le spécialiste mondial du décolletage, Baud Industries, a ainsi rapatrié en Savoie une partie de sa production polonaise grâce à la robotisation de ses ateliers, qui lui permet de gagner en compétiti­vité face à ses concurrentes. «L'automatisation est un moyen de garder des emplois en France», ajoute Didier Bouvet.

Le retour en France de la production de porcelaine de Geneviève Lethu reste sans doute l'exemple le plus frappant de relocalisation. Le choix de ce spécialiste des arts de la table a été motivé par des problèmes de qualité, des assiettes commandées vert prairie et arrivant vert bouteille.

Protéger son savoir-faire

Certains patrons font aussi du maintien de leur activité en France leur fierté. Patrick Ballu, président d'Exel, le numéro un mondial des pulvérisateurs agricoles, en est l'illustration : «Je me refuse à délocaliser ma production, explique-t-il. Ça ne sert à rien d'aller expliquer aux Chinois comment faire à notre place !» Cette année, son entreprise, qui réalise 450 millions d'euros de chiffre d'affaires, investira environ 5,8 millions en France, pour y augmenter sa production. Attaqué par les Chinois sur le marché du jardinage, Patrick Ballu résiste en proposant des produits de qualité, résistants et innovants.

Le groupe Liebherr finalise à Colmar la construction d'une nouvelle usine d'engins miniers. L'investissement, de 82 millions d'euros, a été décidé il y a quatre ans. Le retournement du marché (les commandes ont plongé de 40% l'année dernière) n'a pas changé la donne. Alain Boher, directeur général de Liebherr, vante «le savoir-faire des ouvriers, techniciens et ingénieurs, les moyens logistiques disponibles en Alsace. Liebherr est un groupe familial qui investit régulièrement ses bénéfices dans l'outil de production». Et même si les débouchés pour des pelleteuses pouvant peser jusqu'à 800 tonnes et coûter 8 millions d'euros sont pour l'essentiel hors d'Europe. Mais pas question pour autant de délocaliser. «Nos fournisseurs sont en très grande majorité européens, les investissements réguliers faits sur le site nous permettent de rester compétitifs», ajoute Alain Boher.

Au contraire, pour Tiziano Puppini, directeur général d'ASTP, un distributeur d'acier, c'est la proximité du marché qui justifie un investissement de 2 millions d'euros dans une usine à Beauvais (Oise). «Nos poutres, poteaux, ronds à béton en acier sont directement livrés sur les chantiers de construction. Dans notre métier, les coûts de transport sont très importants», précise Tiziano Puppini.

 

13/05/2010

Par Elsa Bembaron

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/2010/05/13/04015-20100513ARTFIG00530-ces-patrons-qui-investissent-en-france.php